Il a été l'un des premiers animateurs de radio à lui ouvrir son micro. Alors que le jeune chanteur sortait fraîchement de sa banlieue chérie, à la recherche d'une main tendue. Et depuis, une complicité s'est installée entre les deux hommes, au-delà des simples relations de travail. Une véritable amitié. Il lui a fait confiance parce que l'homme est réputé pour son franc-parler. El hadj Abdou Lô alias Dj Koloss, fait partie de ces gens que Ndongo Lô a envoûtés avec sa musique. Une admiration que lui rendait bien le chanteur décédé, n'hésitant pas à lui demander son avis sur les grandes décisions qu'il devait prendre, tant sur le plan professionnel que privé. L'animateur parle de lui avec une douce nostalgie. Koloss revient sur les débuts de l'enfant de Pikine, la tournée qu'ils ont effectuée au pays de l'oncle Sam et sur la longue maladie du chanteur. Maladie qui a finalement eu raison de lui dimanche dernier.
DEBUTS
«Il n'avait pas de soutien. Il frappait à toutes les portes et il n'avait qu'un morceau à son compte, un duo avec Papa Ndiaye Guéwel.
Il a fait ses premiers pas dans la musique en chantant dans les Simb (Jeux de faux lions), les mbapatt (séances luttes traditionnelles) et les baptêmes.
Tout a démarré avec une soirée sénégalaise au Ravin, avec Papa Ndiaye Guéwel. Il était venu en simple spectateur et au cours de la soirée, il a pris le micro et a chanté. Sa prestation a laissé le public bouche bée. Le percussionniste l'a contacté par la suite pour prendre part à son album. Le premier jour où est entré en studio, c'était en compagnie de Papis Konaté. Ce dernier n'en revenait pas. Tellement Ndongo Lô était mal habillé. Mais quand il a chanté tout le monde s'est émerveillé. Les gens savaient qu'ils avaient devant eux un excellent chanteur. Avec le succès du morceau de Papa Ndiaye, le producteur Talla Diagne m'a contacté pour prendre langue avec le jeune homme. En ce moment, je n'avais pas encore de relations avec Ndongo. Mais comme il était en promotion, je me suis dit qu'il ne cracherait pas sur une invitation. Quand je l'ai reçu pour la première fois à la 7 Fm, il était ébahi. Il était accompagné par un de ses amis et, après l'émission, ils n'avaient pas de sous pour rentrer. Je lui ai proposé de le déposer à Pikine. Sur le chemin, il m'a fait savoir qu'il voulait sortir une cassette. Et je l'ai envoyé directement voir Talla Diagne. C'est comme cela qu'il a produit sa première production. Après le succès rencontré par le produit, je l'avais perdu de vue. J'avais même des problèmes pour décrocher une interview. Quelques temps après, je l'ai reçu pour une très chaude interview. Il était sorti du studio un peu choqué, parce qu'il s'attendait à recevoir des éloges comme tout le monde le faisait. Puis, il est revenu à de meilleurs sentiments, s'étant rendu compte qu'il fallait que quelqu'un lui tienne un langage de vérité, c'est ce qui a contribué à nous rapprocher. Lorsque je suis revenu de tournée avec Fallou Dieng aux États-Unis, j'ai parlé de lui au promoteur de cette tournée qui avait déjà des échos favorables sur Ndongo Lô.»
TOURNEE AMERICAINE
«C'est à travers cette tournée que j'ai découvert le véritable Ndongo Lô. Ce que j'ai découvert qu'il était jeune et n'était pas conscient de son statut. A notre arrivée en Amérique, on s'était fait voler tous nos bagages. On n'avait rien à se mettre, c'est là qu'on a découvert toute la générosité de la personne. Il a tout fait pour toucher son avance et nous acheter des habits. Et le premier coup dur de la tournée a été la désertion d'un des musiciens Ousmane Camara, le guitariste et chef d'orchestre. C'était à Atlanta. Et cela l'a rendu malade durant tout le trajet. Il est arrivé qu'il joue sans guitariste. A Détroit, il a trouvé par hasard un Sénégalais qui jouait de la guitare. C'est moi qui tenais la table de mixage parce que les Américains ne comprenaient rien. Ils voulaient juste entendre sa voix. Revenus à New York, un autre musicien s'est enfui, Arona, alors qu'il restait encore des spectacles. Ce jour-là, il a pleuré comme un enfant, craignant que sa formation musicale se disloque. Cela a aggravé son état de santé.
C'était un homme simple. Et quand il voulait aller quelque part, il ne demandait la permission à personne. A tel enseigne que son entourage était obligé parfois de cacher les clés de sa voiture. Chez lui, il était relax. Il était entre le salon, la chambre et la cuisine, et si l'envie lui prenait d'aller à la boutique, il le faisait pieds nus. S'il rencontrait des enfants jouant au foot, il n'hésitait pas à se joindre à la partie.»
DERNIERE RENCONTRE
«Je l'ai vu lors de sa soirée du 31 décembre. Mais notre véritable dernière rencontre, c'était lors de la foire passée chez une amie commune. Il était venu à la foire et quand il repartait, il a vu ma voiture garée devant la maison, et il nous a rejoints. On était en train d'écouter un des morceaux qu'il avait fait sur scène et qui n'est pas encore sorti. Il a aussi fait un duo avec Youssou Ndour dans le cadre de rencontres qu'organisait Dj Amish (Ndlr : animateur à Sud fm). C'est une reprise d'un vieux succès de Youssou Ndour. Je crois que c'est le morceau Xaliss, une véritable merveille. Pour ce qui est de son dernier album, Aduna, il avait enregistré onze titres. Mais il avait l'embarras du choix, parce qu'il devait sortir un Cd plus tard. Je lui ai conseillé de garder le titre Seuye pour en faire le titre-phare. Ce qu'il a retenu au final.
Ce qui m'impressionnait le plus chez lui, c'était sa façon de s'habiller, un short et un tee-shirt, parfois les pieds nus ce qui contrastait d'avec son statut de star. En plus, il y avait surtout sa voix. Je suis tombé raide dingue de sa voix, une voix extraordinaire.»
CHUTES ET RECHUTES
«Sa première maladie s'est manifestée à la veille de notre départ pour la tournée américaine. Il avait la main enflée. Il était malade et on lui avait administré une perfusion.
Et lorsqu'on est revenu le 15 janvier 2004, il a organisé une soirée de retrouvailles. Juste après, il était retombé malade et il a été hospitalisé à la clinique Casahous pendant deux semaines, la facture s'élevait à prés de deux million. C'est Petit Mbaye de Action 2000 qui a tout payé. Il est resté malade de Février à Mars, c'est en Avril qu'il a repris ses activités. C'était la première sérieuse manifestation de la maladie. Après, il continuait de donner des soirées dans la semaine bien qu'étant malade. Et le lendemain ; de chaque prestation, il allait très mal. On le retrouvait chez lui, couché, sa voix était à peine audible.
Mais à chaque fois qu'il devait se produire c'est comme si la maladie s'envolait un moment. Sa dernière rechute fut à Saint-Louis où il s'était rendu, il y a quelques jours pour les besoins d'un baptême. Dès son retour de Saint-Louis, il a été à la clinique, puis les gens l'ont ramené chez lui croyant qu'il était rétabli.
Après cela, il y a eu la soirée au Yengoulène, vendredi dernier, au cours de laquelle, il a vomi sur scène vers les coups de trois heures du matin, la soirée fut interrompue.
C'est de là qu'on l'a amené à la clinique Casahous. Dimanche, il avait demandé à sa belle mère de lui faire de la soupe, son plat préféré. Celle-ci a chargé sa fille de la lui amener. Il est mort dans les bras de sa femme après avoir prononcé son nom. Dans un premier temps, Djily Niang, son manager avait cru qu'il s'était simplement évanoui.»
LE MAL
«Vous savez quand on est jeune, et qu'on est une star, lorsqu'il vous arrive quelque chose les gens pensent qu'on vous a ensorcelé. Mais tout le monde tombe malade et lui comme tout autre. Par rapport à son rythme de travail, il était difficile de lui faire suivre un traitement normal. Il ne prenait pas le temps d'aller se soigner et il n'acceptait pas le traitement traditionnel. Il avait peut-être le palu, ou le cancer ou bien il était tout simplement fatigué ? Quand j'ai appris sa mort sur la Rfm, je n'en revenais pas.»
LEGS A SA FAMILLE.
«Ndongo, était quelqu'un de très généreux. Il lui arrivait d'offrir de l'argent sans compter. Mais, je pense qu'avec le contrat qu'il a signé, il a dû laisser quelque chose à sa famille.»